à la bonne franquette – une expression savoureuse


Montmartre-La-Bonne-Franquette-Enseigne-2013à la bonne franquette –  avec simplicité, sans manière, sans cérémonie

Dans un XVII siècle qui voit l’art de vivre à la française atteindre son paroxysme, il s’est trouvé quelques individus pour préférer l’art de la simplicité.

Tirée du picard franquette (franchise), l’expression à la franquette voit d’abord le jour; elle est alors synonyme de “franchement, en toute franchise” et s’emploie à propos d’une façon franche, sans détour de parler. “Confessez à la franquette que vous êtes médecin”, écrivit Molière dans “Le Médecin malgré lui”, en 1666. La référence à la franchise laisse clairement entendre, a contrario, que la mise en scène, l’apparat des comportements dans la bonne société a quelque chose de trompeur, d’hypocrite.

Franquette peut encore être regardé comme synonyme de “franchise”, mot qui, au XVIIe siècle, est employé chez les artistes avec la valeur de “liberté”, à la franquette devient selon cette lecture l’équivalent de “en toute liberté”, “comme il plaît”.

Au XVIIIe siècle, à la franquette laisse progressivement la place à la forme à la bonne franquette. En 1741, dans l’opéra comique “La Chercheuse d’esprit”, Charles – Simon Favart fit dire à un personnage: “Tout à la bonne franquette se partagera.” L’expression dit d’ailleurs florès sur scène puisqu’en 1871 une opérette intitulé « A la bonne  franquette» était créée au Théâtre des Nouveautés. Si elle est encore synonyme de franc-parler, dorénavant, c’est clairement la simplicité que l’on oppose à l’apprêt, aux bonne manières hérités du XVIIe siècle.
Avec ce nouveau sens, l’expression glisse ensuite dans le domaine de la table, où elle devient l’opposé de mettre les petits plats dans les grands. La publication, en 1883, du « Cuisinier  à la bonne franquette », de Mique Grandchamp, y contribue grandement. Dans cette ouvrage, l’auteur , maître d’hôtel de profession,  “s’est efforcé de réunir dans ce traité de cuisine bourgeoise et d’office, les recettes pratiques et économiques, de les simplifier, en ayant soin d’écarter les préparations longues et coûteuses qui n’ont utilité réelle”.
Bref, de la gastronomie low cost avant l’heure. Le célèbre François Vatel, archétype du maître d’hôtel du Grand Siècle, a dû s’en retourner dans sa tombe!

source: « A la bonne franquette: Le Dico gourmand des expressions savoureuses» par Jean-Damien Lesay, Éditions de La Martinière